Contexte
23 h. Unité d’hébergement de longue durée. Monsieur Côté, 84 ans, TNCM type Alzheimer stade modéré, se lève. Il a uriné au sol dans sa chambre. Il refuse que la PAB lui mette une culotte d’incontinence propre. La PAB a tenté 3 fois de le recoucher. Elle appelle l’infirmière pour un médicament.
Profil rapide
- Retraité de la construction, travaillait tôt le matin.
- Père de 3 enfants, veuf depuis 5 ans.
- Homme fier, aimait faire les choses seul.
- Ancienne routine : se lève à 5 h, café seul.
Comportement observé
- Debout près du lit.
- Tient fermement la culotte d’incontinence mouillée.
- Dit « non, non » en reculant quand la PAB s’approche.
- Se raidit à chaque tentative.
Pièges d’interprétation
- « Il est agressif » → en fait, recul défensif.
- « Il manipule » → non, mémoire émotionnelle et peur.
- « Besoin d’un PRN » → piège classique.
Besoins compromis possibles
- Honte : uriner au sol → forte émotion, blessure de dignité.
- Peur du soignant debout près du lit dans le noir.
- Inconfort : culotte mouillée sur peau irritée.
- Douleur possible (vessie, peau, articulations).
- Confusion : 23 h = peut-être 5 h pour lui (routine ancienne).
- Besoin d’autonomie : homme fier.
Questions à se poser
- Est-ce que l’approche était appropriée ? (PAB debout, insistance 3×, contexte nocturne)
- Peut-on recadrer ? (« Il ne refuse pas le soin, il refuse comme ça. »)
- A-t-on vérifié douleur, plaie, irritation, globe vésical ?
- Le soin peut-il attendre 20 minutes ?
Approche à tenter
Étape 1 — Pause et recadrage
- Reculer. Éteindre lumière agressive, allumer faible.
- Se mettre à sa hauteur, pas au-dessus.
- « Monsieur Côté, je vois que vous voulez faire vous-même. »
Étape 2 — Validation + stratégie décisionnelle
- « C’est gênant ce qui est arrivé. Ça peut arriver à tout le monde. »
- « Est-ce que vous préférez que je vous laisse 2 minutes, ou on le fait ensemble maintenant ? »
Étape 3 — Méthode discontinue
- Pause de 30-45 secondes.
- Revenir avec un geste simple : sous-vêtement propre, débarbouillette chaude.
- Nommer chaque geste.
Étape 4 — Si ça ne suffit pas
- Changer de soignant (une collègue de sexe opposé ou inverse).
- Consulter l’infirmière : évaluer la nécessité immédiate.
- Est-ce que ça peut attendre 30 min ? Souvent oui.
Étape 5 — Si vraiment urgent (irritation majeure)
- Pause longue, 20-45 min.
- Intervention la moins contraignante.
- Documentation complète.
Options non-pharmacologiques durables (plan 24/7)
- Routine d’élimination préventive avant 23 h.
- Culotte plus absorbante pour la nuit.
- Veilleuse dans la chambre.
- Consigne : PAB seule, à sa hauteur, annoncer avant d’entrer.
- Si agitation vespérale récurrente → revisiter l’agenda, les stimulations de la fin d’après-midi.
Seuil d’escalade clinique
Médication pré-soin non justifiée dans ce cas. Le comportement n’est pas sévère, il n’y a pas de danger imminent, et plusieurs étapes n’ont pas été essayées. Un PRN ici = contention chimique.
Débrief pédagogique
- L’arbre n’a pas été appliqué : on est passé direct de «approche non adaptée» à «médication».
- L’insistance (3 fois) a aggravé la situation au lieu de la résoudre.
- Le besoin compromis central (dignité / honte) n’a pas été nommé.
- Au plan de travail : inscrire ce qui fonctionnera désormais.
Réutilisation
- En atelier : jouer la scène en 3 versions (actuelle / avec approche / avec caucus pré-planifié).
- En quiz : « La PAB doit-elle appeler pour un PRN ? » (non).
- En fiche : inscrire le plan 24/7 retenu.